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Dossier : Affaire Premier League – SFR, symptôme d’une guerre sanglante dans les contenus sportifs

Dossier : Affaire Premier League – SFR, symptôme d’une guerre sanglante dans les contenus sportifs

Dossier : Affaire Premier League – SFR, symptôme d’une guerre sanglante dans les contenus sportifs
La semaine dernière une nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le monde de l’audiovisuel. Altice, le propriétaire de SFR a chipé à Canal+ les droits de retransmission TV de la Premier League, la prestigieuse compétition de football anglais. Cela signifie qu’à partir de la saison 2016-2017 les abonnés à la chaîne cryptée ne pourront plus voir ces matchs via leur abonnement alors qu’ils continueront de payer le même prix. Il va falloir s’y faire, après l’irruption de BeIN Sports, c’est SFR qui entre dans la bataille des droits audiovisuels sportifs. Une guerre qui a plusieurs enjeux et dont les gagnants ne sont pas forcément les téléspectateurs.
 
 
 
La perte de la Premier League, un coup dur pour Canal+
 
Proposer les meilleurs contenus sportifs, telle est la promesse faite ces dernières années par Canal+ à ses clients. Avec la Ligue 1 et le Top 14, la Premier League en faisait partie. Hélas entre 2016 et 2019 ce sera impossible, la faute à Altice propriétaire de SFR qui a déboursé 100 millions d’euros par an pour la récupérer. De son côté le groupe Canal+ n’avait proposé que 61 millions d’euros par an, une somme inférieure à l’appel d’offres précédent alors que le nombre de diffuseurs concurrents a augmenté.
 
Les équipes de Canal+ vont devoir trouver rapidement une solution pour éviter la fuite d’abonnés. Le danger est immense, le sport représente le premier motif d’abonnement à Canal+ et le groupe ne dispose plus de beaucoup de sports majeurs à part la Ligue 1, le Top 14 et la F1. Difficile dans ces conditions de justifier un abonnement de 40 euros par mois. Depuis des mois, on observe que la tendance est la convergence médias + télécoms et que ces derniers achètent des contenus exclusifs. Patrick Drahi a commencé à investir depuis plusieurs mois et a même racheté BFM TV. Il était dès lors quasi-certain que la remise en jeu des droits de grandes compétitions sportives intéresserait le magnat des télécoms.
La diffusion télé du sport, un enjeu d’image et d’attractivité
 
Mais pourquoi donc les chaînes de télé se battent-elles toutes pour les contenus sportifs ? Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. La première est que le sport ne subit pas une érosion de son audience à cause des nouveaux modes de consommation comme la TV de rattrapage. Les téléspectateurs préfèrent (à juste titre) voir les matchs en direct, aucun intérêt après puisqu’ils verraient les résultats dans la presse. La seconde est que la grande majorité des matchs sont des événements. Quand une chaîne comme Canal+ diffuse une finale de Ligue des Champions, elle devient LA chaîne devant laquelle il faut être ce soir là. Le téléspectateur en déduit que c’est une chaîne avec laquelle il est sûr de voir tous les grands événements. Enfin la troisième raison est que le sport permet de vendre une chaîne payante à un tarif très élevé puisque ce contenu est à la fois attractif mais aussi exclusif.  En somme plus une chaîne dispose de droits sportifs exclusifs, plus son nombre d’abonnés augmentera et plus elle pourra les faire payer cher.
 
Fort de ce constat, de nombreux diffuseurs s’intéressent au sport. Les droits coûtant très cher, les télévisions gratuites les délaissent aux profit des médias payants. Si au début Canal+ était en situation de quasi-monopole dans le domaine, un premier gros concurrent est arrivé en 2012 : BeIN Sports. Ce dernier avec l’appui des moyens financiers du groupe Al Jazeera a raflé la quasi totalité des compétitions sportives européennes notamment dans le football. Canal+ n’ayant pas pu débourser les centaines de millions d’euros nécessaires, elle n’a conservé que quelques droits comme les meilleurs matchs de Ligue des Champions. Puis en 2014, c’est l’américain Discovery qui a débarqué en rachetant Eurosport à TF1, laissant présager un appétit dans le domaine. Vient enfin Altice, qui souhaite attirer de nouveaux abonnés vers SFR en leur proposant des contenus attractifs comme des films et du sport. D’où l’achat des droits de la Premier League.

Publicité de BeIN Sports en 2015

Le téléspectateur pas vraiment gagnant
 
Dans toute cette histoire, les gagnants sont les fédérations sportives qui vendent chèrement ces droits. Comme dans d’autres pays du monde, la concurrence entre diffuseurs pour acquérir la retransmission des compétions a conduit à une inflation du montant des droits. Par exemple le dernier appel d’offres pour la Ligue 1 a permis à la LFP d’engranger 748 millions d’euros contre 607 pour le précédent à cause de la guerre Canal/BeIN. Etant donné que les droits coûtent de plus en plus cher il est nécessaire pour les chaînes d’augmenter leurs tarifs pour rester rentables. Rentabilité qui est quasi-impossible pour celles diffusant uniquement du sport. En 3 ans, BeIN a certes conquis plus de 2 millions d’abonnés mais a plusieurs milliards d’euros de dettes. C’est pour cela qu’une chaîne comme TF1 qui ne vit que de la publicité achète seulement les droits des compétitions mondiales et celles de l’équipe de France de foot. TF1 perd de l’argent mais comme expliqué précédemment cela lui donne une image de prestige.
 
Quant au téléspectateur il est paradoxalement le grand perdant de cette situation. Sur le marché des droits sportifs, la concurrence entre les diffuseurs ne fait qu’accroître les prix. Et surtout leur multiplicité, fait que les canaux de diffusion se multiplient eux aussi. Pour mieux comprendre prenons l’exemple de la Premier League et du football. Jusqu’à aujourd’hui, le téléspectateur n’avait qu’à s’abonner à Canal+ pour 40 euros par mois (somme qui inclut les chaînes cinéma et séries) et BeIN Sports (environ 13 euros/mois). Et ce quelque soit son fournisseur d’accès Internet puisque Canal+ et BeIN sont disponibles partout. À partir de la saison 2016-2017, un fan de football qui voudra tout avoir devra : s’abonner à Canal+, à BeIN Sports mais aussi être chez SFR (voir être abonné à un bouquet payant de l’opérateur) ! La facture va être encore plus salée car selon mes calculs en prenant les tarifs actuels hors promotions on arrive à un total de… 93€/mois (40+13+40).
Dossier : Affaire Premier League – SFR, symptôme d’une guerre sanglante dans les contenus sportifs
La suite…
 
Le sport autrefois accessible au plus grand nombre va devenir pour les plus accros de plus en plus cher. Surtout il faudra jongler entre son opérateur télécom et les différentes chaînes payantes pour regarder ses matchs préférés. Certains analystes craignent même que cette surenchère dans les droits sportifs conduisent à la création puis à l’éclatement d’une bulle spéculative. En tous cas, c’est sûr il faudra se battre pour continuer les soirées pizzas devant un bon match.